Afrique : Quand honorer un Africain (Kémi Seba) devient un crime : la France et son mépris pour la souveraineté de la RDC (Tribune de OKONDJO ZANKATU Claude)

Quand la France dicte ses ordres à la RDC : nous sommes face à une souveraineté bafouée !

Nous avons appris l’annulation, par l’université Bel Campus de Kinshasa, de la cérémonie de remise d’un titre honorifique de Docteur Honoris Causa destiné à l’activiste panafricaniste Kemi Seba.

D’après nos sources, l’ambassade de France en RDC aurait contacté, via une ligne diplomatique directe, le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire du Congo afin de lui intimer l’ordre d’annuler cette distinction honorifique attribuée par une université privée, sous prétexte que Kemi Seba serait un adversaire de la France. Permettre à une université congolaise de lui décerner un tel titre reviendrait, selon eux, à entrer en conflit avec la France.

Ma réaction est une expression d’indignation face à cette attitude condescendante de la France, qui semble oublier que la RDC n’est pas une province d’outre-mer, mais un pays souverain, n’ayant de comptes à rendre à aucun autre État quant à ses décisions et ses actions.

Sauf erreur de ma part, il n’existe aucun document affirmant que la France a colonisé la RDC. C’est même une grave aberration de penser que l’on puisse encore prétendre à un quelconque droit sur un pays sous prétexte de l’avoir colonisé.

Au ministère qui a cédé à ce chantage, j’aimerais poser cette question : au nom de quoi la RDC devrait-elle refuser de reconnaître le travail d’un digne fils du continent, simplement parce que cela indisposerait un pays étranger n’ayant aucune légitimité sur les décisions congolaises ?

Qu’a donc gagné le Congo dans son amitié avec la France ?

On affirme que la RDC est le plus grand pays francophone du monde, pourtant, c’est une Rwandaise, issue d’un pays dont la langue nationale est l’anglais, qui dirige l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Parlons-en, de l’OIF. Lors du sommet des chefs de gouvernement de la Francophonie au Canada, la secrétaire générale de l’organisation n’a-t-elle pas fait preuve du même mépris que la France à l’égard de la RDC, en omettant purement et simplement ce pays dans la revue de l’état des lieux des nations francophones ?

Pourquoi, alors que de nombreux pays se désolidarisent de la France, tant en Occident qu’en Afrique, la RDC devrait-elle plier et renoncer à sa souveraineté face à elle ?

Au contraire, en décernant ce diplôme à Kemi Seba, l’université Bel Campus, et avec elle le Congo, s’inscrivait dans la même lignée que le Niger, qui a attribué à ce même Kemi Seba un passeport diplomatique après qu’il eut brûlé son passeport français en signe d’affirmation de sa liberté et de sa fierté d’origine.

En agissant ainsi, Bel Campus honorait un jeune homme qui symbolise l’espoir et la révolte de la jeunesse africaine, une jeunesse qui ne cherche qu’à vivre en paix sur sa terre, mais que les politiques néocoloniales françaises continuent de malmener.

Au nom de quoi donc ? Est-ce à cause des sanctions de l’Union européenne contre le Rwanda ? Devons-nous en rire ou en pleurer ? Sommes-nous tous aussi amnésiques pour continuer à forger, comme le disait Thomas Sankara, les chaînes de l’Afrique avec l’or de l’Afrique ?

Tout le monde le sait : les sanctions imposées à un pantin ne servent qu’à blanchir les véritables commanditaires. Qui ignore que les troupes rwandaises ont été formées par la France, que les finances rwandaises ont été encadrées par des banques genevoises, que leurs crimes ont été couverts et dissimulés par l’ONU, et que nos morts, ensevelis dans des fosses communes, l’ont été avec des financements en dollars et en euros ?

Les sanctions ? Dans quel but ? Pour mieux nous berner ? Pensent-ils que cela réjouira nos morts et nous fera oublier les fosses communes ?

Nous vous remercions pour vos sanctions. Cependant, nos morts, enfouis dans ces fosses communes, nous posent ces questions : qui a fourni les armes ? Qui a blanchi l’argent ? Qui a légitimé les crimes dans l’ombre ?

Tant que ces questions ne recevront pas de réponses claires, nous considérerons ces sanctions comme un écran de fumée qui frappe le soldat et non le général. Nous ne nous rendrons pas complices de l’assassinat de nos morts en applaudissant ces mascarades, sachant que, même en éliminant un pantin, le système reste intact et en fabriquera un autre avec la même froideur. Pendant ce temps, nos morts, eux, ne reviendront pas.

Tout compte fait, l’annulation de la cérémonie de décoration de Kemi Seba en tant que Docteur Honoris Causa relève de l’arbitraire et ne repose sur aucune base légitime, dès lors que le Congo reste un pays souverain.

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Les propos tenus dans cet article relèvent exclusivement de la responsabilité de son auteur, OKONDJO ZANKATU Claude, et n’engagent en aucun cas les Éditions Lumumba. Cette tribune reflète une opinion personnelle qui n’est ni cautionnée ni validée par notre maison d’édition.

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