La grande illusion des revues indexées : une escroquerie scientifique du siècle, au détriment de l’Afrique

Dans le monde académique, une question cruciale se pose : qu’est-ce qu’une revue indexée et quel est son véritable impact sur les universités africaines ? Derrière cette notion apparemment anodine se cache une mécanique insidieuse qui piège les chercheurs du continent dans une spirale de dépendance et d’exploitation intellectuelle.

Les universités africaines sont-elles aujourd’hui prises au piège d’un système qui ne leur profite pas ? Lorsqu’on analyse le financement des grandes institutions académiques et de recherche en Afrique, on constate que la majorité des ressources proviennent d’acteurs extérieurs. De même, une grande partie des partenariats des universités africaines sont orientés vers des institutions étrangères. À cela s’ajoute le soutien de structures et organismes internationaux. Cette forte dépendance financière et institutionnelle soulève une question essentielle : les chercheurs africains travaillent-ils réellement pour l’Afrique ou sont-ils instrumentalisés au profit d’autres agendas ?

L’une des formes les plus pernicieuses de cette exploitation est l’obligation d’indexation des recherches scientifiques. Présentée comme une exigence académique gage de qualité, elle s’avère en réalité être une vaste escroquerie intellectuelle. Les chercheurs africains sont contraints de publier dans des revues indexées, souvent contrôlées par des institutions étrangères, sans réelle garantie de retombées concrètes sur leur environnement immédiat. Cette obligation ne fait qu’alimenter un système où le savoir africain est extrait gratuitement, utilisé pour entraîner des intelligences artificielles, développer des logiciels sophistiqués, et, in fine, vendu à prix d’or aux Africains eux-mêmes.

Faut-il absolument que les résultats de la recherche africaine soient visibles dans ces bases  étrangères, au détriment de leur utilité locale ? Une étude menée à Musumba (dans un coin reculé de l’Afrique) a-t-elle réellement de la valeur si elle est uniquement accessible via ces bases de données et moteurs de reche, inaccessibles aux habitants de Musumba eux-mêmes (qui ne dispose ni connexion internet ni énergie électrique ?) Ne devrait-elle pas plutôt se retrouver entre les mains des populations locales, sous des formes adaptées, afin d’améliorer directement leurs conditions de vie ?

Mais revenons à la notion même de revue indexée. Une revue indexée est une publication scientifique répertoriée dans des bases de données bibliographiques reconnues, ce qui atteste de sa visibilité dans la communauté scientifique. Toutefois, l’indexation ne garantit pas automatiquement la qualité du contenu publié. De nombreuses revues indexées publient des articles dont la rigueur scientifique peut être contestée, notamment en raison de problèmes de fraudes, de biais éditoriaux ou d’une pression excessive à la publication (Le Monde, 2024).

En théorie, une revue indexée garantit une visibilité et une reconnaissance internationale. En pratique, c’est un système verrouillé où seules certaines publications respectant des critères spécifiques (souvent occidentaux) sont acceptées, excluant ainsi une grande partie des recherches africaines axées sur les réalités locales.

Ce mécanisme d’indexation participe d’une stratégie d’exploitation déguisée : les intellectuels africains produisent du savoir qui est ensuite utilisé par d’autres pour concevoir des solutions technologiques sophistiquées. Ces innovations sont ensuite revendues à l’Afrique, perpétuant ainsi un cycle de dépendance. Pendant ce temps, les véritables besoins du continent restent en suspens, faute d’une appropriation locale du savoir produit.

L’Afrique doit briser ce cycle et repenser sa relation à la recherche scientifique. Il est temps de privilégier des modèles de diffusion qui placent les populations locales au cœur du processus, en valorisant des plateformes africaines accessibles et adaptées aux réalités du terrain. La science doit être un outil de transformation locale avant d’être un gage de reconnaissance internationale.

 Importance et limites de l’indexation

L’indexation d’une revue dans des bases de données reconnues présente plusieurs avantages :

  • Visibilité accrue : Les articles publiés dans des revues indexées sont plus facilement repérables par les chercheurs, augmentant ainsi leur diffusion et leur impact (CIRAD, s.d.).

  • Reconnaissance de la qualité : L’inclusion dans des index réputés est souvent synonyme de rigueur scientifique et éditoriale, renforçant la crédibilité de la revue et des travaux qu’elle publie (Le Monde, 2024).

  • Évaluation de la recherche : Les institutions et organismes de financement utilisent souvent l’indexation comme critère pour évaluer la qualité des publications des chercheurs (DGRSDT, s.d.).

Cependant, l’exigence de publier uniquement dans des revues indexées pose plusieurs problèmes :

Barrières économiques : De nombreuses revues indexées imposent des frais de publication élevés, rendant l’accès à la publication difficile pour les chercheurs des pays en développement.

Uniformisation de la science : L’indexation favorise des standards imposés par les grands éditeurs occidentaux, marginalisant les savoirs locaux et les perspectives alternatives.

Exploitation des chercheurs : L’impératif de publier dans ces revues pousse les chercheurs à accepter des conditions d’évaluation et de publication parfois inéquitables, renforçant un système académique inégalitaire.

Principales bases de données d’indexation

Plusieurs bases de données sont reconnues pour leur rigueur et leur exhaustivité dans l’indexation des revues scientifiques (Wikipedia, 2025) :

  • Web of Science : Géré par Clarivate Analytics, il regroupe des bases comme le Science Citation Index (SCI), l’Arts and Humanities Citation Index (AHCI) et le Social Sciences Citation Index (SSCI) (LeCAMES, s.d.).

  • Scopus : Propriété d’Elsevier, Scopus est une vaste base de données couvrant une multitude de disciplines scientifiques (LeCAMES, s.d.).

  • PubMed : Spécialisée dans le domaine biomédical, cette base est gérée par la National Library of Medicine des États-Unis.

  • SciELO : La Scientific Electronic Library Online est une bibliothèque électronique de revues scientifiques d’Amérique latine, du Portugal et de l’Espagne.

Critères d’indexation

Pour être indexée, une revue doit généralement répondre à plusieurs critères (OA Journals Toolkit, s.d.) :

  • Qualité éditoriale : Présence d’un comité de rédaction composé d’experts reconnus et mise en place d’un processus d’évaluation par les pairs.

  • Régularité de publication : Respect des périodicités annoncées et stabilité dans la diffusion des numéros.

  • Impact scientifique : Contribution significative aux avancées dans le domaine concerné et taux de citation élevé des articles publiés.

Les chercheurs africains doivent comprendre que l’indexation des revues scientifiques joue un rôle crucial dans la diffusion et la reconnaissance des travaux de recherche. Toutefois, elle ne constitue pas un gage absolu de qualité et peut exclure des revues non indexées qui publient des recherches pertinentes et rigoureuses. Le système actuel d’indexation peut être perçu comme une forme de colonisation scientifique, imposant des standards dominants et marginalisant les chercheurs des régions moins dotées en ressources académiques (Wikipedia, 2025). Il est essentiel de valoriser également les revues non indexées et de promouvoir une science plus inclusive et diversifiée.

Bibliographie

  • CIRAD. (s.d.). S’assurer que la revue est indexée dans des bases de données internationales. Récupéré de https://coop-ist.cirad.fr

  • DGRSDT. (s.d.). Liste des revues scientifiques de catégorie A.

  • Le Monde. (2024). Pourquoi la science africaine est-elle aussi invisible ?. Récupéré de https://www.lemonde.fr

  • LeCAMES. (s.d.). Bases de données indexées.

  • Mind the Graph. (s.d.). Qu’est-ce que l’indexation des revues et pourquoi est-elle importante.

  • OA Journals Toolkit. (s.d.). Indexation des revues et des articles.

Valery NGOY NDALA

Père du Panafricanisme scientifique

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