

Quel est le bilan des scientifiques africains, 60 ans après les indépendances ?
L’idée du panafricanisme, en tant que mouvement prônant l’unité et la solidarité des peuples d’ascendance africaine à travers le monde, a historiquement servi de puissant catalyseur dans la lutte contre le colonialisme, le racisme et l’oppression . Cette philosophie englobe l’agrégation des héritages historiques, culturels, spirituels, artistiques, scientifiques et philosophiques des Africains, des temps passés jusqu’à nos jours . Au cœur du panafricanisme réside la conviction que les Africains, tant sur le continent que dans la diaspora, partagent non seulement une histoire commune, mais aussi un destin commun . Le mouvement panafricain, qui a pris son essor au début du 20e siècle, a joué un rôle déterminant dans le processus de décolonisation de l’Afrique . Cependant, bien que des progrès considérables aient été réalisés dans la sphère politique, une dimension cruciale de l’émancipation africaine au 21e siècle nécessite une attention accrue : la dimension scientifique. Une question provocante se pose alors : l’Afrique peut-elle véritablement se considérer comme libre et développée sans exercer un contrôle sur son propre récit scientifique et ses avancées technologiques ? C’est dans ce contexte d’urgence qu’émerge le concept de « panafricanisme scientifique », une idée qui gagne en importance et dont Valery Ngoy Ndala est un fervent défenseur.
Le panafricanisme scientifique : un nouveau paradigme impulsé par Valery Ngoy Ndala
Valery Ngoy Ndala est une figure reconnue comme le père du panafricanisme scientifique . En tant que Président-Fondateur de l’Association Panafricaine pour l’Encadrement et la Formation de la Jeunesse (APANAEFJ), il a pris l’initiative de sensibiliser et d’accompagner les scientifiques africains à travers diverses organisations panafricaines dédiées au développement de la science africaine, telles que les Editions Lumumba et la Revue Panafricaine de la Jeunesse . Le paradigme du panafricanisme scientifique, tel que proposé par Ndala, repose sur plusieurs principes fondamentaux. Il vise à promouvoir et à valoriser les connaissances scientifiques africaines, tout en rétablissant une perspective équilibrée sur l’histoire, la culture et les contributions des Africains à la science et à la civilisation mondiale . Ce courant de pensée s’attaque à l’hégémonie de la science occidentale, qui a souvent marginalisé ou déformé les apports africains . Ndala préconise une décolonisation du savoir, de la pensée et des pratiques scientifiques, en remettant en question les paradigmes scientifiques occidentaux dominants . Son approche encourage l’intégration des perspectives et des connaissances traditionnelles africaines avec les avancées scientifiques contemporaines . En outre, le panafricanisme scientifique cherche à encourager la collaboration et l’autonomie scientifiques entre les pays africains, ainsi qu’à renforcer les liens avec la diaspora africaine et les chercheurs du monde entier intéressés par les questions scientifiques africaines .
L’ouvrage intitulé « Valery Ngoy Ndala, Father of Scientific Pan-Africanism », explore l’influence des paradigmes occidentaux sur la décolonisation de la connaissance en Afrique et propose des solutions novatrices pour surmonter ces obstacles . Sa vision est de construire une base de connaissances authentiquement africaine, inclusive, indépendante et contribuant au développement durable du continent . Le travail de Ndala représente une extension des idéaux panafricanistes traditionnels, en les appliquant spécifiquement au domaine de la science et de la production de connaissances. Il marque un passage des préoccupations principalement politiques et culturelles à une approche plus globale de l’autonomisation africaine. La véritable indépendance, selon cette perspective, nécessite une autonomie intellectuelle et scientifique, car la dépendance à l’égard des paradigmes scientifiques occidentaux perpétue une forme de néocolonialisme dans le domaine du savoir.
Quel est l’état actuel de la recherche ?
L’état actuel de la recherche scientifique en Afrique est marqué par une dépendance significative à l’égard du financement, des programmes de recherche et des normes de publication occidentaux . La capacité de recherche africaine est globalement sous-financée , limitant la capacité du continent à répondre à ses propres défis et à contribuer de manière égale aux progrès scientifiques mondiaux. De nombreux jeunes chercheurs africains en début de carrière n’ont pas accès à la formation essentielle en compétences techniques, en leadership et en compétences transférables, ce qui entrave leur capacité à développer leurs propres idées enrichies par les connaissances autochtones . La majorité des recherches africaines publiées à l’échelle internationale sont en anglais, ce qui pose un défi pour les chercheurs francophones, lusophones et ceux qui parlent d’autres langues utilisées sur le continent . Ce biais en faveur de la recherche non africaine et l’utilisation marginale des connaissances locales perpétuent un « sous-développement africain » . La domination épistémique occidentale a créé une dépendance scientifique en Afrique , qui se manifeste sous diverses formes, de l’adoption des méthodologies de recherche occidentales à la priorisation des sujets de recherche occidentaux. La colonisation a détruit les cultures africaines et les connaissances autochtones, entraînant une dépendance développementale de l’Afrique à l’égard de la technologie et des connaissances occidentales . Cette dépendance actuelle limite non seulement la production et la pertinence scientifiques de l’Afrique, mais renforce également un déséquilibre historique du pouvoir, entravant la capacité du continent à tracer sa propre voie en matière de développement et d’innovation. Cette situation exige un changement radical de mentalité et d’approche de la part des scientifiques et des décideurs politiques africains.
Quels sont les défis des scientifiques africains ?
Les scientifiques africains sont confrontés à de nombreux défis, notamment le manque de financement, la faiblesse des infrastructures, l’accès limité aux ressources et à la technologie, des charges de travail importantes, le manque de mentorat et la fuite des cerveaux . Le manque d’intérêt pour la recherche de la part des décideurs politiques, le manque de motivation des pairs et la lourde charge de travail sont des défis signalés . Un personnel académique limité avec des doctorats, des problèmes de charge de travail pour les chercheurs seniors et l’obsolescence des compétences face aux nouvelles technologies sont des problèmes au sein des établissements d’enseignement supérieur africains . Les jeunes universitaires en début de carrière sont souvent mal traités et considérés comme des amateurs . Le manque de financement, le mauvais accès aux infrastructures et aux connaissances, les charges d’enseignement élevées et les inégalités en matière d’embauche sont des obstacles majeurs à la progression de carrière pour les jeunes chercheurs africains . Le financement de la recherche en Afrique est très limité, la priorité étant souvent accordée aux chercheurs seniors . Les espaces de laboratoire, les produits chimiques et les réactifs font souvent défaut ou sont difficiles à acquérir . Des professionnels africains hautement qualifiés émigrent pour rechercher de meilleures opportunités, entraînant une fuite des cerveaux et une perte de compétences essentielles . L’Afrique perd environ 2 milliards de dollars par an en raison de la migration de professionnels . La contribution de l’Afrique à la recherche et au développement mondiaux est restée faible, en partie à cause de la fuite des cerveaux . La multitude de défis interdépendants auxquels sont confrontés les scientifiques africains crée une barrière systémique au progrès scientifique et perpétue un cycle de dépendance. Relever ces défis nécessite une approche multidimensionnelle impliquant un investissement accru, des infrastructures améliorées, un mentorat plus solide et un changement fondamental dans la perception et la priorisation de la science au sein des sociétés et des gouvernements africains.
Qu’en est-il des contributions scientifiques africaines, dans le monde actuel ?
Un autre problème persistant est le manque de reconnaissance des contributions scientifiques africaines sur la scène mondiale, où les découvertes faites en Afrique sont souvent attribuées à des scientifiques occidentaux . Les chercheurs africains doivent souvent produire beaucoup plus pour recevoir moins de reconnaissance que les chercheurs des pays à revenu élevé. L’un des exemples les plus connus est la découverte du virus Ebola, qui a initialement été attribuée à des scientifiques européens malgré un travail important réalisé par des scientifiques africains . Ce manque de reconnaissance historique et actuel des contributions scientifiques africaines constitue une forme d’injustice épistémique qui mine la confiance et la motivation des scientifiques africains. Il est impératif de déployer un effort conscient pour revendiquer et célébrer les réalisations scientifiques africaines et pour plaider en faveur d’une reconnaissance équitable au sein de la communauté scientifique mondiale. Il est temps pour les scientifiques africains de rejeter cet état de dépendance et de se battre pour leur juste place dans le paysage scientifique mondial.
Il est essentiel de réaffirmer le riche héritage scientifique de l’Afrique. L’Afrique possède la plus ancienne trace d’accomplissement technologique humain au monde, y compris les plus anciens outils de pierre découverts . La pensée géométrique précoce s’est développée en Afrique dans le contexte des activités de travail . L’os de Lebombo (35 000 ans avant notre ère) et l’os d’Ishango (18 000 à 20 000 ans avant notre ère) sont des artefacts mathématiques potentiels découverts en Afrique . Les anciens Égyptiens ont développé des mathématiques avancées, y compris la division et la multiplication des fractions et des formules géométriques . Les anciennes cultures africaines ont fait des découvertes importantes en astronomie, notamment en cartographiant le mouvement du soleil et de la lune et en développant des systèmes de calendrier . Imhotep, dans l’Égypte ancienne, est considéré comme le « Père de la médecine » et aurait traité diverses maladies et pratiqué la chirurgie . Des avancées en métallurgie et en fabrication d’outils ont été réalisées dans toute l’Afrique ancienne, y compris le développement d’outils et d’armes en cuivre, en fer, en acier au carbone et en bronze . Les anciens fours tanzaniens pouvaient atteindre des températures plus élevées que ceux des Romains, ce qui indique une technologie métallurgique avancée . Diverses sociétés africaines passées ont créé des environnements bâtis sophistiqués, tels que les pyramides égyptiennes et les villes de Grand Zimbabwe et de Tombouctou . La reconnaissance de la profondeur et de l’étendue des réalisations scientifiques et technologiques historiques africaines est cruciale pour favoriser un sentiment de fierté et remettre en question le récit dominant selon lequel l’Afrique serait un continent dépourvu d’histoire scientifique. Cette conscience historique peut autonomiser les scientifiques africains contemporains et inspirer les générations futures.
Les scientifiques sud-africains ont joué un rôle de premier plan dans la réponse mondiale à la COVID-19, en identifiant les principaux variants et en menant des essais vaccinaux réussis . Divers scientifiques africains sont actuellement engagés dans des recherches de pointe dans des domaines tels que les cellules souches et la médecine régénérative . Ces contributions contemporaines, souvent réalisées avec des ressources limitées, soulignent l’immense potentiel de l’expertise scientifique africaine et le besoin urgent d’investissements et de soutien accrus. Le potentiel inexploité au sein de la communauté scientifique africaine est immense et n’attend que d’être libéré grâce à un soutien et des cadres de collaboration appropriés.
En quoi le nouveau paradigme est-il utile pour le développement de l’Afrique ?
Le panafricanisme scientifique, introduit par Valery Ngoy Ndala, au-delà d’apporter des pistes révoltantes aux scientifiques africains pour leur décolonisation intellectuelle, fournit le fondement idéologique pour favoriser la collaboration et l’unité entre les scientifiques africains en soulignant leur héritage commun, leurs défis communs et leur responsabilité collective dans l’avancement de la science et du développement sur le continent . Une plus grande solidarité entre Africains est reconnue comme la seule voie de sortie de la crise socio-politique du sous-développement et de l’exploitation . Le panafricanisme insiste sur la nécessité d’une « autonomie collective » pour réaliser le progrès économique, social et politique . La recherche collaborative, impliquant des partenariats égaux et le partage des connaissances et des ressources, conduit à de nouvelles avancées scientifiques . De nombreuses initiatives et partenariats émergent pour favoriser la collaboration scientifique au sein de l’Afrique et entre l’Afrique et d’autres régions . En adoptant les principes du panafricanisme scientifique, les scientifiques africains peuvent dépasser les efforts individuels et forger des réseaux de collaboration plus solides au-delà des frontières nationales et des limites disciplinaires. Cette unité leur permettra de mettre en commun leurs ressources, de partager leur expertise et de relever collectivement les défis scientifiques et technologiques urgents auxquels le continent est confronté. Une communauté scientifique africaine unie aura également une voix plus forte pour façonner les programmes de recherche mondiaux et plaider en faveur d’une reconnaissance et d’un soutien équitables.
Quid de la responsabilité des gouvernants africains ?
Un engagement gouvernemental fort et des investissements stratégiques dans la science et la technologie sont essentiels pour créer un environnement propice aux scientifiques africains afin qu’ils mènent des recherches percutantes, innovent et contribuent au développement du continent . Les dirigeants africains reconnaissent de plus en plus que la science est cruciale pour l’avenir du continent, mais les actions sur terrains sont quasiment inaperçues. L’investissement dans la science et la R&D peut accroître la productivité économique en stimulant l’innovation et en créant de nouveaux emplois . Les gouvernements africains doivent investir pour créer des écosystèmes dans lesquels les scientifiques africains peuvent prospérer et inverser la fuite des cerveaux . La Stratégie de l’Union africaine pour la science, la technologie et l’innovation en Afrique 2024 est resté quasiment une lettre morte, sans véritablement témoigné du soutien gouvernemental à la science africaine, lorsqu’on interroge les réalités du terrain, face aux défis africains. Ainsi, pour que le panafricanisme scientifique s’épanouisse véritablement, il a besoin du soutien des gouvernements africains. Un financement accru de la recherche et du développement, la création d’institutions de recherche de pointe, la mise en œuvre de politiques favorisant la collaboration et l’innovation scientifiques, ainsi que la création de parcours professionnels attractifs pour les scientifiques sont tous des éléments essentiels d’un écosystème favorable.
Pour inverser la fuite des cerveaux, une approche multidimensionnelle est nécessaire, axée sur la création d’un environnement scientifique dynamique et attractif en Afrique. Cela comprend l’investissement dans la reconstruction des universités et des centres de recherche en Afrique , l’octroi d’un soutien financier aux jeunes scientifiques africains pour la formation postdoctorale en Afrique , le lancement de centres d’excellence régionaux et internationaux en Afrique et l’exploitation efficace des technologies numériques pour attirer une main-d’œuvre qualifiée et renforcer les capacités . C’est dans cette logique que la création d’une plateforme web nommée « Afrisciene » a été rendue possible, afin de connecter les universitaires africains et ceux de la diaspora pour créer une dynamique où l’Afrique est une force de premier plan dans la science et l’innovation mondiales, contribuant à son propre développement et à l’amélioration de l’humanité.
Visitez cette plateforme via ce lien : www.app.afriscience.org
Vous pouvez également commander le livre Panafricanisme scientifique de Valery Ngoy Ndala via ce lien : https://www.laboutiqueafricavivre.com/livres/256509-panafricanisme-scientifique-9782487629004.html
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